Société
C'est où que ça accroche?
Face à la persistance de l’itinérance au Québec, Charles Lamothe interroge le décalage entre les engagements politiques et les changements concrets. Il invite à donner davantage de place à l’expertise des organismes communautaires pour que les prochaines décisions répondent aux besoins réels.

La campagne électorale est terminée et le Québec a choisi d’élire un gouvernement sous la bannière du Parti Québécois. Même si ce nouveau gouvernement n’aura pas la majorité, il est faux de croire que rien ne pourra changer dans la belle province. Par exemple, tout le monde est prêt à participer à la lutte contre l’itinérance. Sur papier, c’est une bonne nouvelle, je dirais même une très bonne nouvelle. Cependant, il y a cette petite voix intérieure qui me dit : ça ne marchera pas et ça va encore faire patate… Mais pourquoi ?
Retournons en arrière, en 2008, une motion pour étudier la question de l’itinérance était adoptée à l’unanimité. Au cours de ces audiences publiques, 145 mémoires qui ont été déposés, 104 personnes ou groupes ont été entendus, issus de divers milieux comme ex-itinérants, organismes communautaires, chercheurs, milieux municipaux et ministères. En 2009, un Plan d’action interministériel en itinérance 2010-2013 a été élaboré. Ensuite, un autre Plan d’action interministériel en itinérance pour 2015 à 2020 a été pondu et par la suite un troisième Plan d’action interministériel en itinérance pour 2021 à 2026 nous était présenté.
Avec tous ces plans et trois partis politiques différents, le PQ, le PLQ et la CAQ, il aurait été normal de s’être attendu à des résultats, mais non. Présentement, on compte plus de 12 000 personnes qui se retrouvent en situation d’itinérance visible au Québec. J’apporte votre attention ici à l’adjectif « visible » qui signifie : ce qui peut être perçu par la vue ou constaté objectivement. Ça veut donc dire que ce nombre ne tient pas compte des personnes qui dorment actuellement sur un sofa chez un ami, dans leur auto, ou ceux et celles forcés de vivre sous un toit violent, etc.
Ce qu’on peut constater, c’est que depuis 18 ans, on a brassé du papier, refait des plans et malheureusement, les résultats ne semblent pas avoir suivi les efforts bureaucratiques. Sommes-nous au moins dans la bonne direction ?
Pourquoi ne pas écouter ceux qui sont directement sur le terrain, la première ligne de défense, c’est-à-dire les organismes communautaires ?
Apparemment, non, car au mois de mai 2026, une coalition menée par l’ancienne première ministre du Québec, Pauline Marois, demande une réponse unie à l’itinérance et souhaite un sommet sur l’itinérance d’ici juin 2027. Habituellement, lorsque l’on veut tenir un sommet, c’est pour réunir la crème de la crème pour prendre les meilleures décisions. Donc, j’ai l’impression qu’on ne s’en allait pas dans la bonne direction. Écoutez-moi bien, je ne suis pas contre la tenue d’un autre sommet, loin de là. La situation est à un point critique, où il faut définitivement se pencher sur toutes les pistes possibles.
J’aimerais vraiment arriver à la fin de mon article avec des solutions, mais j’ai l’impression de revoir un vieux film. J’espère que je me trompe, après tout, le Premier Ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, en fait une question personnelle. Je souhaite donc sincèrement que cet enjeu soit transpartisan, c’est-à-dire, tout le monde qui joue pour la même équipe. De grâce, évitez de seulement rebrasser un plan d’action ou utiliser ce futur sommet pour simplement établir de nouvelles priorités. L’hiver arrive à grands pas et il y a plus de 12 000 raisons d’y mettre la main à la pâte et de faire les choses autrement. Ah ! J’ai peut-être une piste de solution ! Pourquoi ne pas écouter ceux qui sont directement sur le terrain, la première ligne de défense, c’est-à-dire les organismes communautaires ? Ils sont les yeux, les oreilles et le cœur d’entraide pour ces personnes. J’ai un pressentiment qu’ils sont de loin les mieux placés.
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L'auteur·e
Charles Lamothe
Charles Lamothe est chroniqueur et directeur des partenariats chez Traumas Podcast. Passionné par l'actualité, la justice et les réalités humaines qui marquent notre époque.
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