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Société

Combien faudra-t-il de femmes?

Derrière chaque féminicide se trouve une femme qui avait une vie, des proches et des projets. Charles Lamothe nous invite à refuser de nous habituer à l'horreur.

Charles Lamothe
Combien faudra-t-il de femmes?

Chaque fois qu'un féminicide survient au Québec, nous ajoutons un chiffre à une statistique. Un autre drame fait les manchettes, une autre famille est détruite et une autre femme perd la vie. Quelques jours passent, l'actualité poursuit sa course et collectivement, nous finissons presque par nous habituer à voir le compteur monter. C'est ce qui me dérange le plus, le risque que l'horreur devienne tranquillement une nouvelle parmi les autres. D'ailleurs, 1 demande d'hébergement pour femmes victimes de violence sur 2 est refusée. Si cette statistique ne vous fait pas réagir, je crains bien pour la suite.

Le dernier féminicide présumé survenu au Québec nous rappelle que nous sommes devant un problème qui dépasse largement les faits divers. Derrière chaque statistique se trouve une femme qui avait une vie, des proches et des projets. Nous pouvons débattre longtemps des chiffres, des définitions et des circonstances entourant chaque drame, mais une réalité demeure, des femmes continuent de mourir dans un contexte de violence conjugale au Québec en 2026.

À l'aube des élections provinciales, j'espère sincèrement que la violence faite aux femmes occupera une place importante dans les discussions. Je veux entendre ce que nous comptons réellement faire pour mieux prévenir la violence, protéger les victimes, intervenir auprès des personnes violentes et soutenir les organismes qui travaillent chaque jour sur le terrain. Constater le problème ne suffit plus.

Depuis que je participe à Traumas Podcast, une autre réalité me frappe énormément. Nous abordons des sujets difficiles et nous recevons notre lot de désaccords sur les réseaux sociaux. Malheureusement, les commentaires les plus violents, haineux et méprisants apparaissent lorsque nous diffusons des témoignages concernant la violence faite aux femmes. Comme homme, j'avoue avoir beaucoup de difficulté à comprendre cette réaction.

Une femme raconte avoir été frappée, contrôlée, humiliée ou menacée et certaines personnes cherchent immédiatement ce qu'elle aurait pu faire autrement. Pourquoi est-elle restée? Pourquoi est-elle retournée avec lui? Pourquoi n'est-elle pas partie plus tôt? Pourquoi a-t-elle choisi cet homme? Pourquoi parle-t-elle publiquement? Le comportement de l'agresseur devrait être au centre de la discussion, pourtant le procès de la victime commence directement dans les commentaires.

Ces commentaires sont très loin d'être anodins. Je crois qu'ils racontent quelque chose de beaucoup plus profond sur notre société. Lorsque notre premier réflexe devant le témoignage d'une femme violentée consiste à chercher sa part de responsabilité, nous contribuons à maintenir une culture dans laquelle les victimes doivent encore justifier leur souffrance.

ALLO! Un féminicide ne surgit pas de nulle part. Avant le geste fatal, il peut y avoir le contrôle, la jalousie, les menaces, l'humiliation, l'isolement, la peur et une multitude de comportements que nous avons parfois appris à minimiser. Notre manière collective de parler de la violence compte également. Chaque fois que nous banalisons un comportement violent ou que notre premier réflexe est de discréditer une victime, nous envoyons un message sur ce que notre société est prête à tolérer.

Je n'écris pas ces lignes en prétendant connaître toutes les solutions. Je les écris comme homme, comme citoyen et comme chroniqueur qui observe avec découragement la violence dirigée contre les femmes jusque dans les espaces où elles trouvent enfin le courage de raconter ce qu'elles ont vécu, dans le but de pouvoir en aider une autre. Je refuse surtout de croire que cette violence nous soit destinée comme société.

Nous avons besoin de lois, de ressources, de prévention et de décisions politiques courageuses. Nous avons aussi besoin de nous regarder dans le miroir et de nous demander pourquoi autant de mépris envers les femmes trouve encore aussi facilement sa place dans l'univers des réseaux sociaux?

Je refuse de m'y habituer.

Charles Lamothe Chroniqueur

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L'auteur·e

Charles Lamothe

Charles Lamothe est chroniqueur et directeur des partenariats chez Traumas Podcast. Passionné par l'actualité, la justice et les réalités humaines qui marquent notre époque.

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