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Société

Le droit d'être ordinaire

Depuis quand avons-nous décidé que la réussite devait absolument être exceptionnelle pour être reconnue? Réflexion sur la valeur de l'implication ordinaire.

Charles Lamothe
Le droit d'être ordinaire

Lors de son passage à Traumas Podcast, Me Sophie Mongeon a lancé une idée toute simple qui m'est restée en tête. Plus j'y pensais, plus je me disais qu'elle mettait des mots sur quelque chose auquel je crois depuis longtemps.

Une bourse pour l'étudiant ordinaire qui s'implique dans la communauté

Créer une bourse d'études destinée à des jeunes qui s'impliquent dans leur communauté. Une bourse spéciale qui n'est pas destinée à ceux qui ont les meilleures notes ou à ceux dont le parcours est parfaitement tracé, mais plutôt à des jeunes qui ont décidé, à leur manière, de contribuer à rendre la société un peu meilleure.

Je me suis posé une question : depuis quand avons-nous décidé que la réussite devait absolument être exceptionnelle pour être reconnue?

Nous vivons dans une société qui valorise énormément la performance. Il faut être le meilleur, se démarquer, dépasser les attentes, atteindre des objectifs et idéalement le faire plus rapidement que les autres. À l'école, nous récompensons les meilleurs résultats. Dans le monde professionnel, nous célébrons les plus grandes réussites. Sur les réseaux sociaux, nous sommes constamment exposés à des parcours extraordinaires qui peuvent parfois nous donner l'impression qu'une vie normale est une vie insuffisante. Pourtant, une société ne tient pas uniquement grâce à ceux qui arrivent en premier. Elle tient aussi grâce à celui qui donne quelques heures par semaine dans un organisme de sa région, aussi par une personne qui accompagne un jeune en difficulté, ou bien aux bénévoles qui préparent des paniers alimentaires. Sans oublier tous les humains dont le nom ne fera probablement jamais la manchette, mais dont l'absence créerait un vide immense dans nos communautés.

Le milieu communautaire en sait quelque chose. Depuis des années, plusieurs organismes doivent répondre à des besoins grandissants avec des ressources qui ne suivent pas la demande. On leur demande d'aider davantage, d'accompagner plus de monde et de traiter des cas de plus en plus complexes. Pendant ce temps, une grande partie du travail repose encore sur l'implication de citoyens ordinaires qui ont simplement décidé de faire leur part.

Se peut-il que notre erreur soit exactement là, à cet endroit précis? Dans cette idée que le mot « ordinaire » serait devenu une forme d'insulte… Être ordinaire ne signifie pas être inutile. Ne pas avoir les meilleures notes ne signifie pas qu'on n'a rien à apporter à la société. Ne pas devenir une personnalité publique, un grand entrepreneur ou un professionnel reconnu ne signifie pas qu'on a échoué sa vie. Il existe mille et une façons de contribuer à une société et certaines des plus importantes ne viennent avec aucun trophée, aucune médaille et aucune publication LinkedIn pour les souligner.

Durant cette entrevue, Me Mongeon a prononcé une autre phrase pleine de sens : « Il y a de la place pour tout le monde au soleil. »

Je crois sincèrement que nous gagnerions collectivement à nous en souvenir. À force de demander à tout le monde de devenir exceptionnel, nous risquons d'oublier la valeur immense de ceux qui choisissent simplement d'être présents. Je parle de ceux qui lèvent leurs mains pour aider, pour donner du temps, pour écouter et pour s'impliquer dans leur quartier et leur communauté sans chercher à bâtir une marque personnelle autour de leur générosité. Bien évidemment, nous avons besoin de grandes ambitions, d'innovation, de leaders et de gens qui repoussent les limites, mais nous avons tout autant besoin de citoyens engagés qui n'auront peut-être jamais un parcours spectaculaire. Je crois qu'il est temps de recommencer à valoriser l'implication, autant que la performance. Au final, rappelons-nous qu'une société meilleure ne se construit pas uniquement avec des gens extraordinaires, mais avec des gens ordinaires qui décident de faire un petit extra.

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L'auteur·e

Charles Lamothe

Charles Lamothe est chroniqueur et directeur des partenariats chez Traumas Podcast. Passionné par l'actualité, la justice et les réalités humaines qui marquent notre époque.

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