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Société

Quand ceux qui doivent nous protéger trahissent notre confiance

Une femme victime de violence conjugale aurait vu ses preuves disparaître entre les mains d'un policier. Catherine Côté réagit avec colère et émotion, et interroge la confiance que l'on demande aux victimes d'accorder au système.

Catherine Côté
Quand ceux qui doivent nous protéger trahissent notre confiance

J'ai mal au cœur. Je suis bouleversée et profondément en colère devant les révélations rapportées aujourd'hui par Radio-Canada et La Presse. Un policier du SPVM fait actuellement l'objet d'une enquête criminelle après avoir prétendument effacé des preuves vidéo appartenant à une femme victime de violence conjugale. Cette femme aurait appelé à l'aide et présenté aux policiers des vidéos documentant les violences qu'elle avait subies. L'un des agents aurait alors reconnu son présumé agresseur avant de supprimer les vidéos directement de son téléphone. Imaginer cette femme, qui avait trouvé le courage de demander de l'aide, assister impuissante à la disparition de ses preuves me donne littéralement envie de pleurer.

Depuis la création de Traumas Podcast, j'ai reçu une quantité impressionnante de témoignages de victimes ayant vécu des expériences absolument horribles lors de leur déposition. Des personnes qui se sont senties jugées, humiliées, ignorées ou qui ont eu l'impression de déranger alors qu'elles cherchaient simplement à être protégées. Ces histoires me bouleversent d'autant plus que j'ai moi-même vécu une expérience difficile avec des policiers il y a une dizaine d'années, lorsque j'étais victime. Je connais ce sentiment de ne pas être crue, cette impression de faire perdre leur temps et cette douleur de réaliser que demander de l'aide peut parfois devenir une épreuve supplémentaire. Je croyais sincèrement que les choses avaient évolué depuis. Aujourd'hui, je constate avec tristesse tout le chemin qu'il nous reste à parcourir.

Nous passons notre temps à encourager les victimes à dénoncer, à briser le silence et à faire confiance au système. Comment pouvons-nous espérer qu'elles trouvent ce courage lorsque des histoires aussi troublantes font les manchettes? Je pense à toutes celles qui hésitent encore à porter plainte et qui verront dans cette nouvelle une raison supplémentaire de se taire. Je repense également au témoignage d'Isabelle Simpson sur Traumas Podcast et à toutes ces histoires de violence conjugale qui nous rappellent à quel point le parcours des victimes peut être douloureux. Une victime ne devrait JAMAIS avoir à craindre de faire une déposition!

Une victime ne devrait JAMAIS avoir à craindre de faire une déposition!

Ce qui m'effraie particulièrement dans cette affaire, c'est que le policier aurait reconnu le présumé agresseur avant d'effacer les vidéos. Selon les informations rapportées, sa collègue aurait dénoncé ses agissements après avoir constaté l'inaction de deux sergents qu'elle avait alertés. Heureusement, ELLE, elle a refusé de garder le silence! Les faits restent à établir dans le cadre de l'enquête, mais une question me hante : combien de situations semblables ne seront jamais connues parce que personne n'a osé parler? Combien de victimes sont reparties chez elles avec le sentiment d'avoir été abandonnées sans que personne ne soit jamais tenu responsable?

Je tiens également à souligner que j'ai rencontré de merveilleux policiers, des femmes et des hommes profondément humains qui prennent leur travail à cœur et qui font une réelle différence dans la vie des victimes. Je me suis accrochée à ces belles rencontres pour conserver ma confiance envers le système. J'ai aussi de la peine pour eux aujourd'hui, car les comportements de policiers malhonnêtes viennent ternir le travail de tous ceux qui portent leur uniforme avec intégrité. Leur dévouement mérite d'être reconnu, tout comme les manquements graves méritent d'être hautement dénoncés.

Je suis épuisée pour les victimes. Épuisée de constater qu'après avoir survécu à la violence, certaines doivent encore se battre pour être entendues, crues et respectées. J'espère sincèrement que cette enquête permettra de faire toute la lumière sur les événements et que les responsabilités seront établies. Je souhaite surtout que cette histoire ne tombe pas dans l'oubli après quelques jours d'indignation collective. Nous ne pouvons pas continuer à demander aux victimes de briser le silence, si nous ne sommes pas capables de leur garantir une écoute digne et un traitement juste, lorsqu'elles trouvent enfin le courage de parler.

C'est inacceptable et ça doit changer!

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L'auteur·e

Catherine Côté

Fondatrice et animatrice de Traumas Podcast, Catherine Côté est passionnée par les histoires humaines, la résilience et les enjeux de société.

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