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Santé mentale

Quand la dépendance n'est pas un choix...

Derrière une dépendance se cache souvent une histoire de violence, d'exploitation ou d'emprise. PsychoZen invite à remplacer le jugement par la compassion et à changer la question : « Qu'est-ce qui lui est arrivé? »

PsychoZen
Quand la dépendance n'est pas un choix...

Lorsqu'on entend le mot dépendance, il est facile d'imaginer une personne qui a fait de mauvais choix, qui aurait pu dire non ou qui aurait simplement « perdu le contrôle ». Mais la réalité est parfois tout autre.

Certaines ont reçu une substance pour être plus faciles à manipuler. D'autres ont été forcées à consommer pour les rendre plus dociles, pour les empêcher de fuir, pour les maintenir dans un état de confusion ou de dépendance envers leur agresseur. Pour plusieurs victimes d'exploitation sexuelle, de traite de personnes ou de violence conjugale, la consommation devient un outil de contrôle utilisé contre elles.

Puis un jour, lorsque la violence cesse ou qu'elles réussissent enfin à s'en éloigner, une autre bataille commence. Celle contre une dépendance qu'elles n'ont jamais choisie. Et souvent, cette bataille se déroule dans le silence.

Parce que la honte est immense. Parce qu'elles ont peur qu'on ne voie plus que leur consommation. Parce qu'elles craignent que personne ne croie leur histoire. Parce qu'au fond d'elles-mêmes, elles finissent parfois par croire les paroles de leur agresseur : « Tout est de ta faute. »

Certaines personnes ne sont jamais entrées dans la consommation par curiosité, par plaisir ou par recherche de sensations fortes. Elles y ont été entraînées. Par une personne qui les contrôlait. Par la peur. Par la violence. Par l'emprise.

Derrière votre dépendance, il existe une histoire que beaucoup ignorent. Derrière cette consommation se cachent des nuits sans sommeil, des crises d'angoisse, des souvenirs qui reviennent sans prévenir, des gestes que vous auriez voulu empêcher, une peur constante et parfois cette impression d'être déjà mort à l'intérieur.

Si votre corps s'est accroché à une substance, ce n'est pas parce que vous étiez faible. C'est parce qu'il essayait, avec les moyens qu'il avait, de survivre à l'insupportable. Le traumatisme change profondément le cerveau. Il modifie la façon dont on ressent le danger. Il dérègle les émotions. Il pousse parfois la personne à chercher, malgré elle, un moyen d'apaiser une souffrance devenue envahissante.

La dépendance devient alors beaucoup plus qu'une consommation. Elle devient une stratégie de survie. Une stratégie qui fait souffrir, certes. Mais une stratégie qui est née dans un contexte où survivre était souvent la seule priorité.

Peut-être que vous vous détestez aujourd'hui, que vous regardez votre reflet sans reconnaître la personne que vous étiez avant, que chaque matin, vous vous promettez d'arrêter... et que quelques heures plus tard, votre corps réclame encore cette substance que vous n'avez jamais voulu aimer. Vous êtes une personne dont le parcours a été marqué par des blessures profondes, mais ces blessures ne définissent pas votre valeur.

Peut-être que vous avez honte de ce que vous êtes devenu, que vous vous dites que personne ne pourrait comprendre.

À ceux qui regardent ces personnes de l'extérieur, avant de demander : « Pourquoi continue-t-elle à consommer? », demandez-vous plutôt : « Qu'a-t-elle vécu pour que son corps en arrive à avoir besoin de cette substance? »

Cette question change tout. Elle remplace le jugement par la compassion. Elle permet de voir la personne avant de voir la dépendance.

Et si vous êtes cette personne qui porte aujourd'hui une dépendance née de la violence… Sachez que votre histoire ne s'arrête pas ici. Vous n'êtes pas votre consommation. Vous n'êtes pas la violence que vous avez subie. Vous n'êtes pas les mots que votre agresseur vous a fait croire. Vous êtes une personne qui a survécu à des événements profondément injustes.

Et même si aujourd'hui vous avez l'impression que personne ne peut comprendre votre douleur, sachez qu'il existe des professionnels prêts à marcher à vos côtés, sans vous juger. Parce qu'avant la dépendance, il y avait une victime. Et derrière cette victime, il y a encore aujourd'hui une personne qui mérite d'être regardée avec dignité, respect et compassion.

La guérison n'efface pas le passé. Mais elle permet, un jour, de ne plus laisser ce passé décider de tout votre avenir.

Car derrière une dépendance, je n'ai pas vu des personnes faibles. J'ai vu des femmes et des hommes qui avaient survécu à l'inimaginable. J'ai vu des personnes qui avaient été privées de leur liberté, de leur sécurité, de leur dignité… et parfois même de leur capacité à choisir. J'ai vu des personnes qui portaient une honte qui ne leur appartenait pas.

Et j'ai appris une chose essentielle. Lorsque nous remplaçons la question « Qu'est-ce qui ne va pas chez cette personne? » par « Qu'est-ce qui lui est arrivé? », tout change. Notre regard change. Nos interventions changent. Et surtout, l'espoir renaît.

La guérison n'est pas un chemin facile. Elle demande du temps. Elle demande du courage. Elle demande parfois d'accepter de tendre la main, même lorsque la honte nous murmure de rester seuls.

Il existe encore des personnes qui verront votre souffrance avant de voir votre consommation. Des personnes qui ne vous demanderont pas pourquoi vous êtes devenu dépendant. Elles vous demanderont plutôt : « Que vous est-il arrivé? » Et parfois, c'est cette simple question qui marque le début de la reconstruction.

À toutes les personnes qui portent en silence une dépendance née de la violence, de l'exploitation ou de l'emprise... Je veux simplement vous dire ceci : Je ne vois pas votre dépendance. Je vois la personne qui a dû survivre. Et cette personne mérite d'être accueillie avec respect, dignité, compassion… et l'espoir qu'un avenir différent est possible.

Après avoir accompagné de nombreuses personnes ayant vécu des traumatismes, j'ai appris une chose : derrière une dépendance, il y a souvent une histoire que personne n'a pris le temps d'entendre. Mon souhait est que nous cessions de demander pourquoi cette personne ne va pas bien, et que nous commencions à demander ce qui lui est arrivé.

Chroniqueuse

PsychoZen

PsychoZen est partenaire officiel et chroniqueur de Traumas Podcast, spécialisé en santé mentale, traumatismes et dépendances.

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