Société
Quand la mort coûte moins cher que la vie
Comment se fait-il qu'on accepte de signer les papiers pour mourir, mais qu'on n'ait aucun mécanisme pour soutenir une tentative de vivre quand une option existe ailleurs?

Avez-vous lu les articles concernant cette jeune femme de 26 ans qui a demandé l'aide médicale à mourir? On parle ici d'une mère, d'une femme qui n'en peut plus de souffrir. Elle n'est pas mourante, elle est souffrante. Elle vit avec ce qu'on appelle communément la « maladie du suicide ». Une condition neurologique rare et extrêmement douloureuse, la névralgie du trijumeau. Elle a tout essayé pour soulager ses souffrances avec les ressources offertes ici, au Québec. Arrivée au bout de ce que le système peut lui offrir, elle a fait une demande d'aide médicale à mourir. La date est déjà fixée pour le 28 février 2027.
Dans l'article du journal de Québec, on découvre un cri du coeur. Cette jeune femme a trouvé un traitement ailleurs dans le monde, en Europe et aux États-unis. Une intervention lourde, risquée, aux résultats incertains, certes, mais qui représente une alternative à la mort. Le coût de cette option? 150 000 $.
Aucun programme. Aucun fonds. Aucun appui gouvernemental.
Une amie a lancé une campagne de financement pour lui donner accès à ce dernier recours. Quand j'ai regardé la cagnotte hier soir, l'objectif était atteint. Hallelujah! J'étais tellement heureuse pour elle, mais je suis restée figée, parce que quelque chose ne tourne pas rond.
La population a répondu. L'État, non. Et c'est là que le malaise devient insoutenable. Comment se fait-il qu'on accepte de signer les papiers pour mourir, mais qu'on n'ait aucun mécanisme pour soutenir une tentative de vivre quand une option existe ailleurs? On parle ici d'une vie humaine. À quel moment avons-nous décidé qu'un formulaire pour mourir était plus accessible qu'un traitement pour survivre?
Oui, 150 000 $, c'est une somme importante. Mais combien coûte réellement la mort? Un médecin, un infirmier, des procédures, des suivis… Un impact psychologique sur le personnel de la santé qui accompagne la fin de vie d'une femme de 26 ans. Et puis viennent les conséquences invisibles mais bien réelles, deux enfants, une famille, un deuil, des années de soutien psychologique, des coûts humains et sociaux que personne ne calcule dans les bilans. Cette femme a travaillé. Elle a payé des taxes et des impôts. Elle a contribué à la société. Et aujourd'hui, parce qu'il n'existe plus de solution ici, elle doit choisir entre mourir proprement ou vivre grâce à la charité publique. C'est ça qu'on appelle le gros bon sens?
Combien de personnes sont actuellement en attente de l'aide médicale à mourir pour des souffrances qui pourraient être soulagées, si l'accès aux traitements n'était pas limité par l'argent ou par les frontières? Combien de personnes sont déjà mortes parce que le Canada n'avait plus rien à proposer?
À partir de quand un pays devient-il responsable de la mort d'une personne quand des solutions existent mais sont financièrement inaccessibles?
Je tiens à être claire. Je suis en faveur de l'aide médicale à mourir. J'ai moi-même accompagné mon père dans cette démarche en 2023. Mais être pour l'AMM ne devrait jamais signifier être contre toute tentative de vie. Ce qui n'a aucun sens, c'est l'absence totale d'un mécanisme de dernier recours, tant au niveau canadien que québécois, pour des situations exceptionnelles comme celle-ci.
Je répète : On parle d'une vie. La vie d'une jeune femme.
Tant que le Canada refusera d'assumer cette incohérence, il continuera de déplacer la souffrance plutôt que de la traiter. Si nous ne voulons pas que l'aide médicale à mourir devienne la solution par défaut à l'échec du système, il est urgent de créer un fonds spécial, exceptionnel, un fonds de dernier recours, pour tenter la vie avant d'autoriser la mort. Parce qu'une société se définit aussi par ce qu'elle choisit de financer. Et aujourd'hui, le message est troublant, mourir coûte moins cher que vivre.
Ça sera tout.
Si cet article vous a touché·e, partagez-le. Chaque partage aide à briser le silence.

L'auteur·e
Catherine Côté
Fondatrice et animatrice de Traumas Podcast, Catherine Côté est passionnée par les histoires humaines, la résilience et les enjeux de société.
Voir tous ses articles →