Santé mentale
Santé mentale masculine : est-ce qu’on écoute vraiment les hommes ?
Les hommes ont eux aussi besoin de ressources, d’écoute et d’accompagnement. Une réflexion sur la détresse masculine invisible, le silence et la nécessité de créer des espaces d’aide adaptés.

On parle beaucoup de santé mentale. On sensibilise. On déstigmatise. On encourage les gens à consulter, à parler de ce qu’ils vivent et à ne pas rester seuls avec leur souffrance.
Mais une question mérite d’être posée : est-ce qu’on parle suffisamment de la santé mentale des hommes ? Et surtout : est-ce qu’on écoute les hommes avec la même attention que les femmes lorsqu’ils vont mal ?
Parce que les chiffres nous obligent à regarder cette réalité autrement. Au Québec, en 2023, le taux de suicide était trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes : 18,1 suicides par 100 000 chez les hommes, comparativement à 5,7 chez les femmes. Les hommes de 50 à 64 ans présentaient même le taux le plus élevé.
Ce chiffre devrait nous arrêter un instant. Pas pour comparer les souffrances. Pas pour dire que la santé mentale des hommes est plus importante que celle des femmes. Mais pour reconnaître une réalité : les hommes ont eux aussi besoin de ressources, d’écoute et d’accompagnement. Et nous devons nous assurer qu’ils y ont réellement accès.
Une détresse qui ne ressemble pas toujours à celle qu’on attend
Lorsqu’on pense à une personne qui ne va pas bien, on imagine parfois quelqu’un qui pleure, qui parle de sa tristesse ou qui demande explicitement de l’aide. Mais la détresse masculine peut parfois être beaucoup moins visible. Elle peut se manifester par de l’irritabilité, de la colère, du retrait, de la consommation, du surinvestissement dans le travail, de l’isolement ou une difficulté à exprimer ce qui se passe intérieurement.
Cela ne signifie pas que tous les hommes vivent leur souffrance de la même façon. Mais cela signifie qu’il faut être capable de reconnaître différentes formes de détresse. Et surtout, il faut éviter de juger.
Un homme qui s’isole ou qui consomme davantage n’a peut-être pas les mots pour dire : « Je souffre. » Parfois, son comportement est justement la façon dont sa souffrance réussit à sortir.
Cela ne justifie évidemment pas des comportements qui blessent les autres. Mais comprendre ce qui se trouve derrière un comportement permet d’intervenir plutôt que simplement condamner.
Où sont les ressources pour les hommes ?
C’est ici que la discussion devient importante. Nous demandons aux hommes de parler davantage de leur santé mentale. Nous les encourageons à consulter. Nous leur disons qu’ils n’ont pas à rester seuls. Mais avons-nous suffisamment développé des ressources qui leur parlent réellement ?
Des ressources facilement accessibles. Des espaces où ils peuvent arriver sans savoir exactement quoi dire. Des services où ils ne se sentent pas jugés. Des interventions qui tiennent compte de leurs réalités. Des campagnes de sensibilisation qui leur parlent directement. Des endroits où demander de l’aide ne donne pas l’impression d’être « moins homme ».
La sensibilisation ne peut pas s’arrêter au message : « Parlez. » Il faut aussi pouvoir répondre lorsque quelqu’un décide enfin de parler. Parce qu’il n’y a rien de plus décourageant que de trouver le courage de demander de l’aide et de ne pas savoir où aller, d’attendre trop longtemps ou de ne pas se sentir compris.
L’équité ne signifie pas offrir exactement la même chose à tout le monde
Parler de ressources pour les hommes ne signifie pas retirer quelque chose aux femmes. Ce n’est pas une compétition. La santé mentale des femmes doit continuer d’être prise au sérieux. Mais l’équité, ce n’est pas nécessairement donner exactement les mêmes services à tout le monde. C’est reconnaître que certaines populations ont des besoins différents et adapter les ressources en conséquence.
Écouter sans minimiser
Il faut aussi changer certaines réactions. Lorsqu’une femme dit qu’elle est épuisée, anxieuse ou qu’elle ne va pas bien, on reconnaît généralement plus facilement sa souffrance. Lorsqu’un homme devient silencieux, irritable ou se retire, on peut parfois simplement le qualifier de distant, de difficile, de colérique ou de fermé. Et si derrière ces comportements se trouvait une détresse que personne n’a pris le temps d’écouter ?
Écouter ne signifie pas tout excuser. Cela signifie essayer de comprendre. Cela signifie pouvoir dire : « Je vois que quelque chose ne va pas. » Sans ridiculiser. Sans minimiser. Sans dire : « Voyons, sois fort. » Sans transformer automatiquement sa souffrance en problème de caractère.
Parce que le manque de soutien a des conséquences
Lorsqu’une personne n’a pas accès à de l’aide ou ne se sent pas capable d’en demander, la souffrance peut s’installer. Et les conséquences peuvent être importantes. Pour la personne elle-même, évidemment. Mais aussi pour son couple, ses enfants, sa famille, son milieu de travail et son entourage.
Une détresse qui n’est pas accompagnée peut évoluer vers l’isolement, la consommation, l’épuisement, des conflits, une rupture des relations ou une crise beaucoup plus importante.
Il faut davantage parler de santé mentale masculine
La bonne nouvelle, c’est que cette conversation commence à prendre davantage de place. Le gouvernement du Canada travaille actuellement à l’élaboration de la première Stratégie canadienne sur la santé des hommes et des garçons. Parmi les objectifs annoncés : réduire la stigmatisation, remettre en question les stéréotypes nuisibles, créer des environnements sécuritaires et encourager les hommes à demander de l’aide lorsqu’ils en ont besoin.
C’est une conversation qui était nécessaire. Parce qu’on ne peut pas demander aux hommes de consulter davantage tout en laissant la santé mentale masculine dans un coin de la discussion.
Il faut parler des garçons. Des adolescents. Des jeunes hommes. Des pères. Des hommes qui vivent une séparation. Des hommes qui deviennent aidants. Des hommes qui vivent un deuil. Des hommes qui vieillissent. Des hommes qui consomment. Des hommes qui travaillent jusqu’à l’épuisement. Des hommes qui n’ont jamais appris à parler de ce qu’ils ressentent.
Tous méritent d’avoir accès à de l’aide.
Et surtout, il faut arrêter d’avoir peur de cette conversation
Parler de santé mentale masculine ne signifie pas dire que les hommes sont victimes de tout. Cela signifie simplement reconnaître qu’ils vivent eux aussi des difficultés et que certaines barrières les empêchent encore d’obtenir l’aide dont ils ont besoin.
La honte. La stigmatisation. Les préjugés. La peur d’être jugé. La peur de paraître faible. Le manque de ressources adaptées. Le manque de modèles masculins qui parlent ouvertement de santé mentale. Et parfois, simplement l’absence d’un endroit où commencer.
Nous devons créer davantage de portes d’entrée. Et lorsque quelqu’un décide finalement de pousser cette porte, il faut qu’il trouve quelqu’un de l’autre côté. Quelqu’un qui écoute. Quelqu’un qui ne juge pas. Quelqu’un qui ne banalise pas. Quelqu’un qui comprend que demander de l’aide peut être extrêmement difficile lorsqu’on a passé toute sa vie à croire qu’on devait être capable de tout gérer seul.
La santé mentale masculine mérite sa place
Il ne s’agit pas de donner plus d’importance aux hommes. Il s’agit de leur donner la place qu’ils méritent dans la conversation sur la santé mentale. Les femmes ont leur réalité. Les hommes ont la leur. Et les deux méritent d’être entendues.
Nous avons fait beaucoup de chemin pour parler davantage de santé mentale. Mais si nous voulons réellement réduire la souffrance, nous devons continuer à élargir notre façon d’écouter.
Écoutons les hommes avant la crise. Offrons-leur des ressources avant qu’ils soient au bout de leurs forces. Parlons de santé mentale avec eux, pas seulement à leur sujet. Et surtout, cessons de confondre le silence avec l’absence de souffrance.
Parce que parfois, derrière celui qui ne dit rien… il y a quelqu’un qui aurait simplement besoin qu’on lui demande : « Comment vas-tu vraiment ? »
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Chroniqueuse
PsychoZen
PsychoZen est partenaire officiel et chroniqueur de Traumas Podcast, spécialisé en santé mentale, traumatismes et dépendances.
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