Société
Un bilan pour la tête ?
L'AMPQ réclame un ministre de la Santé mentale. Charles Lamothe y voit surtout une occasion de placer la prévention au cœur du débat, inspiré par l'idée de Janie Mathurin d'un suivi annuel en santé mentale.

Il y a environ 3 semaines, une proposition de l’Association des médecins psychiatres du Québec a retenu mon attention, « L’association réclame un ministre de la Santé mentale ». Je sais, je sais, la majorité d’entre vous se disent : encore de la bureaucratie, plus d’employés dans une belle grande tour d’ivoire et ce n’est pas une nouvelle structure qui pourra créer plus de psychologues, de psychiatres et de travailleurs sociaux.
En revanche, j’avoue que je suis quand même assez surpris que cette nouvelle n’ait pas fait plus de bruit. À la limite, je suis déçu. Selon les statistiques, le taux d’hospitalisation pour tentative de suicide a triplé entre 2010 et 2023 chez les filles de 10 à 14 ans. Le président et directeur général de la Mission Old Brewery, a précisé que 57% des personnes sans-abri ont une incidence de santé mentale et l’AMPQ estime que près de 25 millions d’heures de travail ont été perdues au sein du réseau de la santé en raison de problèmes de santé mentale du personnel. Est-ce que je continue…? Je suis persuadé que la question mérite d’être débattue, car quelle place souhaitons-nous accorder à la santé mentale dans nos décisions collectives?
Cette proposition m’a ramené à une conversation récente de Traumas Podcast avec Janie Mathurin (épisode 25 de la saison 2). Durant la conversation, elle a interpellé le gouvernement avec une idée d’une simplicité désarmante : pourquoi n’existe-t-il pas de suivi préventif annuel en santé mentale, comme il existe un suivi médical annuel? La comparaison mérite d’être nuancée. Le suivi médical préventif varie selon l’âge, les facteurs de risque et la situation de chaque personne. L’idée derrière la question demeure néanmoins fascinante. Nous avons intégré l’importance de surveiller notre santé physique avant même que la maladie se manifeste, par exemple avec une prise de sang annuelle ou aux deux ans. Pourquoi notre rapport à la santé mentale demeure-t-il encore si souvent associé au moment où quelque chose ne va plus ou qu’il est déjà trop tard?
Nous parlons beaucoup d’accès aux soins en santé mentale, mais qu’en est-il de la prévention ?
Un rendez-vous annuel ne réglerait évidemment pas tout. Il faudrait déterminer qui pourrait l’offrir, comment éviter de surcharger davantage un réseau déjà sous pression et comment orienter rapidement les personnes qui auraient besoin d’un accompagnement supplémentaire. La proposition de Janie Mathurin n’a peut-être pas vocation à devenir demain matin un nouveau programme gouvernemental, mais je crois qu’elle nous oblige à réfléchir différemment.
Prévenir ne signifie pas nécessairement médicaliser chaque difficulté de la vie. Traverser une période de tristesse, de stress ou de remise en question fait partie de l’expérience humaine. Une véritable culture de prévention pourrait plutôt nous apprendre à reconnaître certains signes, à parler plus facilement de ce que nous vivons et à savoir vers quelles ressources nous tourner avant que la situation ne devienne insoutenable.
Je trouve que la proposition d’un ministre de la Santé mentale devient intéressante. La santé mentale dépasse largement les murs de nos hôpitaux. Elle accompagne l’enfant à l’école, l’adolescent qui cherche sa place, le travailleur épuisé, le parent dépassé, la personne qui perd son logement, celle qui traverse une séparation ou encore l’aîné confronté à l’isolement. Elle touche l’éducation, le travail, le logement, la pauvreté, l’itinérance, les dépendances, la justice et les services sociaux.
Dans ce contexte, avoir une personne autour de la table du Conseil des ministres dont la responsabilité serait de poser constamment la question de la santé mentale pourrait avoir une certaine valeur. Non pas simplement pour administrer davantage de programmes, mais pour obliger les différents ministères à réfléchir ensemble aux conséquences humaines de leurs décisions et surtout à la prévention.
Cette idée comporte néanmoins un risque. Créer un ministère ou nommer un ministre peut donner l’impression que l’on a agi alors que rien n’a véritablement changé sur le terrain. La structure ne peut jamais devenir une fin en soi. Si elle n’améliore ni la prévention, ni la coordination, ni l’accès aux services, elle ne reste qu’une nouvelle case dans l’organigramme gouvernemental. Continuer à parler principalement de santé mentale lorsque les personnes vont déjà mal ne peut pas constituer toute notre stratégie. En revanche, ce que je souhaite à l’aube de la prochaine campagne électorale, ce sont des idées qui accorderont à la prévention la place qu’elle mérite.
Viendra-t-il un jour où prendre soin de sa santé mentale avant d’aller « tout croche » sera aussi naturel que de prendre soin de sa santé physique?
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L'auteur·e
Charles Lamothe
Charles Lamothe est chroniqueur et directeur des partenariats chez Traumas Podcast. Passionné par l'actualité, la justice et les réalités humaines qui marquent notre époque.
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